Rachid Ridouane


Questions amazighes (tachlhit) à l’interface de la phonétique et de la phonologie

 

Jury :

  • Ioana Chitoran, Professeur, Université Paris7-Diderot, Directrice
  • Didier Demolin, Professeur, Université Paris3-Sorbonne Nouvelle, examinateur
  • Louis Goldstein, Professeur, University of Southern California, examinateur
  • Martine Grice, Professeur, Universität zu Köln, Rapporteur
  • Pierre Hallé, Directeur de Recherche, CNRS, examinateur
  • Noël Nguyen, Professeur, Université d’Aix en Provence, examinateur
  • Annie Rialland, Directrice de Recherche Émérite, CNRS, Rapporteur

Résumé :

La préoccupation majeure de mes recherches porte sur la structure et le contenu des unités phonologiques – trait, phonème, syllabe – et pose la triple question de la place de ces éléments de base dans les systèmes phonologiques, de leurs manifestations physiques, et de leur réalité psychologique. Cette problématique, qui constitue un des objectifs fondamentaux de la recherche actuelle à l’interface de la phonétique et de la phonologie, est explorée en examinant plus spécifiquement le tachlhit, langue amazighe (berbère) parlée au Maroc. Au-delà de la richesse de son inventaire consonantique, c’est notamment l ?extrême souplesse que cette langue offre pour former de séquences consonantiques qui l’a fait connaître à la communauté des phonologues et des phonéticiens. Locuteur natif du tachlhit, je me suis intéressé depuis ma thèse aux questions soulevées par cet embarras de consonnes dans une démarche alliant questionnements théoriques et investigations expérimentales. Ce mémoire présente une synthèse de mes travaux sur ces sujets depuis la thèse de Doctorat.

Le chapitre I porte sur la syllabe. Une des questions fondamentales qui sous-tend mes travaux sur ce thème concerne la nature des syllabes sans voyelle : s’agit-il uniquement d’un objet théorique utile pour les descriptions linguistiques ou est-ce aussi une réalité psychologique et un objet physique que l’on peut mesurer et idéalement trouver les faits acoustiques ou articulatoires qui le réalisent ? Mes travaux ont notamment contribué, en fournissant des arguments basés sur diverses études expérimentales, à conforter la thèse selon laquelle la syllabe en tachlhit peut ne contenir que des obstruantes sans voyelle.

Le chapitre II traite de la gémination consonantique. Mes travaux sur ce sujet poursuivent une longue tradition de recherches sur la structure et la manifestation physique de ces consonnes particulières. Les géminées posent en effet un ensemble de questions qui concernent leur nature et leur comportement phonologiques en lien avec leurs caractéristiques acoustiques, articulatoires et perceptives. J’ai traité de ces questions en examinant différents types de géminées (lexicales, par assimilation et par concaténation) dans différentes positions prosodiques (initiale, intervocalique, finale) pour différentes obstruantes (occlusives et fricatives sourdes et voisées). Entre autres contributions de ces recherches a été de mettre en exergue le lien très étroit qui existe entre la représentation phonologique de ces segments et leurs manifestations phonétiques : les caractéristiques des géminées sont mieux rendues en traitant structurellement ces segments comme deux unités de durée liées à une position mélodique.

Le chapitre III porte sur la théorie des traits distinctifs en lien avec la composante laryngale. Je me suis intéressé plus particulièrement à la question de la relation que les traits laryngaux entretiennent avec les paramètres que l’on peut mesurer au niveau acoustique et articulatoire, en défendant l’idée qu’un trait [T] est un rapport entre une articulation donnée et son produit acoustique, valable pour toute la classe de sons définis par [T], la satisfaction de ces deux conditions étant nécessaire pour le recouvrement du trait. Mes travaux sur la composante laryngale se sont intéressés plus largement à la question des ajustements glottaux pendant la tenue de longues séquences d’obstruantes sourdes. Les résultats fournissent une illustration frappante de la coordination temporelle particulièrement solide qui existe entre les gestes laryngaux et supralaryngaux dans la production des séquences d’obstruantes sourdes, et apportent un regard nouveau sur notre compréhension de la coordination laryngale-orale dans la parole.

Enfin, dans un bref quatrième et dernier chapitre, je conclus sur mes travaux en cours ainsi que sur mes perspectives de recherche pour les années à venir qui héritent en grande partie des problématiques sur la nature et la forme des représentations phonologiques.

L’écriture de ce mémoire a été guidée par le désir de mettre en perspective mes travaux de recherche par rapport aux questionnements théoriques généraux sur les unités de représentation. En cela, elle reflète le souci constant de partir du tachlhit pour aborder des questions théoriques dépassant largement le cadre restreint des études amazighes.