Claire Pillot-Loiseau


« Voix et paroles atypiques : phonétique, rééducation et apprentissage »

Jury :

  • Rudolph Sock (garant), Professeur en phonétique, Université de Strasbourg, Laboratoire LiLPa (Linguistique, Langues, Parole), section 07 CNU,
  • Béatrice Vaxelaire (présidente), Professeur en phonétique, Université de Strasbourg, Laboratoire LiLPa, section 07 CNU,
  • Isabelle Racine (rapporteure), Professeur ordinaire en linguistique, phonétique et didactique, université de Genève (Suisse),
  • Susanne Fürniss (rapporteure), Directrice de recherches CNRS, ethnomusicologue, laboratoire Diversité et évolution culturelles, Université de Paris, sections CNRS 38 (Anthropologie) et 53 (Méthodes,pratiques et communications des sciences et des techniques),
  • Bernard Harmegnies (rapporteur), Professeur ordinaire en phonétique, Institut de recherche en sciences et technologies du langage, université de Mons (Belgique),
  • Lise Crevier-Buchman (examinatrice), Chargée de Recherches CNRS HDR, ORL phoniatre, Laboratoire de Phonétique et Phonologie CNRS et Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, section 34 CNRS (Sciences du Langage).

Résumé :

Dans cette Habilitation à Diriger des Recherches, je synthétise l’ensemble de mes travaux dont la finalité commune est la description phonétique des voix et parole atypiques, et ses retombées rééducatives, didactiques et pédagogiques. Partant de mes premières recherches décrivant principalement les voix pathologiques et chantées en langue maternelle sans en considérer les influences linguistiques, et d’autres travaux consacrés aux paroles silencieuse, et chantée toujours en langue maternelle, je me suis ensuite orientée vers la description des écarts de prononciation d’apprenants du Français Langue Étrangère sur les plans segmental et suprasegmental. Je me suis ensuite intéressée à réunir dans des travaux communs deux éléments d’ordinaire dissociés : la voix et la langue étrangère, montrant qu’une différence de qualité vocale en fonction de la langue parlée pouvait être ressentie et mesurée. Finalement, je me suis employée à synthétiser les conséquences de ces descriptions pour la prise en charge orthophonique de la voix chez des sujets mono et plurilingues et chez des enseignants, et pour l’optimisation de l’enseignement de la prononciation du Français Langue Étrangère.

Ces analyses montrent que parler, c’est vocaliser tout comme vocaliser, c’est, chez l’humain, parler : dans quasiment toutes les situations de communication orale, le locuteur utilise sa voix en même temps qu’il parle ; réciproquement, utiliser sa voix n’est presque jamais dissocié de la production d’une parole articulée. Les interrelations entre la voix et la parole par l’influence réciproque de l’une sur l’autre sont attestées dans la majorité de mes travaux, et nourrissent ma réflexion disciplinaire. Elles me permettent notamment de porter un nouveau regard sur la dysphonie, en en considérant la parole et la langue comme d’autres facteurs de variation. Parler, c’est aussi s’ajuster : la théorie de la Variabilité Adaptative (Lindblom 1990), me porte à réfléchir sur l’équilibre entre  effort, ampleur et quantité des gestes vocal et articulatoire à fournir par le locuteur, et leur perception par le ou les auditeurs, en fonction des divers contextes de production que j’ai étudiés. Parler, c’est aussi percevoir, produire, et finalement communiquer de façon multimodale : plusieurs modèles d’apprentissage de la parole étrangère et de production de la parole m’incitent à intégrer des canaux de perception élargis dans la boucle communicationnelle, et par extension les verbalisations et ressentis des acteurs de cette communication orale. Enfin, l’intégration de tous ces paramètres optimise une aide unifiée comprenant les sujets enseignant et apprenant, le savoir et la matière, et l’environnement d’apprentissage ou de rééducation.