SRPP: Nature et origine des traits phonologiques: une perspective développementale


Certaines questions fondamentales ont parsemé les débats théoriques concernant le trait phonologique depuis ses premières conceptions, au début des années 1900, dans le cadre des travaux du Cercle Linguistique de Prague (p.ex. Jakobson 1941; voir aussi Dresher 2016 pour un survol historique). Ces questions ont aussi évolué en lien avec l’avènement de la théorique de la Grammaire Universelle (Chomsky 19757; Chomsky & Halle 1968), laquelle postule un ensemble de traits phonologiques inné à tout être humain. D’autres approches de la phonologie s’opposent de manière radicale à cette théorie et rejettent l’existence même du trait phonologique comme unité psychologiquement réelle à l’humain (Vihman & Croft, 2007).

Au cours de cette présentation, nous adopterons une approche émergentiste des représentations phonologiques (Pierrehumbert 2003; Mielke 2008), incluant le trait phonologique, à partir de deux hypothèse inter-reliées: les traits sont bien réels, mais ils ne sont pas innés; ils doivent être acquis par l’apprenant en langue première. À partir de considérations phonétiques (perceptuelles, articulatoires) et phonologiques (distributionnelles, prosodiques), aussi en fonction d’autres niveaux de représentation (p.ex. lexical), nous discuterons d’un ensemble de faits de développement phonologiques dans le parler enfantin. Ces observations soulignent, d’une part, l’importance du trait phonologique pour une compréhension des données phonologiques. D’autre part, les traits phonologiques ne peuvent pas être innés; ils représentent des connaissances spécifiques à chaque langue, et l’émergence de ces connaissances se reflète très clairement dans les données enfantines.