SRPP: Fluence, disfluences et bégaiement

Fabrice Hirsch (Université Paul-Valéry — Montpellier 3) & Ivana Didirková (Université Paris 8)
15 janvier 2021, 14h0015h30

La fluence de la parole est la capacité d’un locuteur à produire des énoncés sans heurts ni interruptions involontaires, avec des transitions continues entre les sons et les syllabes et cela, en maintenant un débit relativement rapide (Starkweather, 1987). Une parole fluente suppose donc des connaissances approfondies de la langue parlée, du point de vue de ses structures morphologiques, lexicales, syntaxiques, phonologiques… afin que le locuteur puisse exprimer ses pensées sans effort particulier. D’un point de vue physiologique, conserver une parole fluente nécessite un contrôle précis de l’appareil respiratoire, du larynx et de l’activité ayant lieu dans les cavités supraglottiques (Adams, 1974).

La fluence absolue n’existe pas. En effet, lorsque l’ensemble des conditions langagières et physiologiques évoquées ne sont pas remplies, des accidents de parole, nommées disfluences émergent. Les disfluences peuvent prendre les formes de pauses silencieuses, de pauses pleines telles que des « euh », d’allongements syllabiques, d’interjections, de répétitions de syllabes ou de mots, d’auto-corrections, des faux-départs etc. Ces accidents de parole peuvent être considérés comme normaux en production de la parole et du discours car ils laissent au locuteur le temps nécessaire pour une recherche lexicale, une correction du discours ou pour planifier la suite de l’énoncé.

Dans le cas de certains troubles de la communication, le locuteur ne produit pas ces accidents de parole en vue de reprendre son discours. C’est le cas du bégaiement, où ces altérations de la fluence sont la conséquence de spasmes interrompant l’énoncé alors que le sujet parlant connait la suite du discours.

Les disfluences typiques du bégaiement, de même que la parole fluente produite par les personnes qui bégaient, ont donné lieu à un grand nombre d’études, qui se fondent généralement sur des données acoustiques. L’objectif de cette présentation est de se placer dans la continuité de ces recherches en employant cette fois des données articulatoires en vue de mieux comprendre les événements moteurs se déroulant pendant les disfluences typiques du bégaiement. Reposant sur 8 locuteurs (4 personnes qui bégaient vs. 4 personnes qui ne bégaient pas) ayant été enregistrés à l’aide d’un EMA, les études qui seront présentées proposeront une nouvelle classification des disfluences (Didirková et al., 2020 ; Didirková et al., 2019 ; Didirková, 2016) et aborderont la question de la coarticulation dans la parole bègue (Didirková & Hirsch, 2019).

Références :

Adams, M.R. (1974). A Physiologic and Aerodynamic Interpretation of Fluent and Stuttered Speech. Journal of Fluency Disorders, 1(1):35‑47.

Didirková I. (2016) Parole, langues et disfluences : une étude linguistique et phonétique du bégaiement. Thèse de Doctorat soutenue le 24 novembre 2016 à l’Université Paul Valéry Montpellier 3, 413 p.

Didirkova I., Le Maguer S., Hirsch F. (2020) An articulatory study of differences and similarities between stuttered disfluencies and non-pathological disfluencies. Clinical Linguistics & Phonetics, https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/02699206.2020.1752803.

Didirková I., Le Maguer S., Gbedahou D., Hirsch F. (2019) Articulatory behaviour during disfluencies in stuttered speech. Actes des 19th International Congress of Phonetic Sciences 2019, 5-9 août, Melbourne (Australie), 2991-2995.

Starkweather, C.W. (1987). Fluency and Stuttering. N.J.: Pretince-Hall Inc, Englewood Cliffs.

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Serge Pinto (Laboratoire Parole et Langage, Aix-Marseille Université)