Soutenance de Thèse de David Alejandro Bustamante

Perception et production des voyelles nasales du français par des hispanophones d'Espagne et de Colombie
25 October 2021, 14h0018h00
Maison de la recherche de l'Université Sorbonne Nouvelle
salle Athéna
4, rue des Irlandais
75005 Paris

Cette thèse a pour objet la perception et la production des voyelles nasales du français par des apprenants du français hispanophones espagnols et colombiens. Dans six expériences de perception des voyelles orales et nasales françaises, nous testons ces deux populations d’hispanophones pour quatre niveaux de français : sujets n’ayant jamais étudié ou parlé le français (25 espagnols et 20 colombiens), et apprenants du français de trois niveaux (débutant, intermédiaire et avancé : 30 apprenants espagnols et 26 colombiens). Les résultats des expériences de discrimination sont interprétés dans le cadre du modèle PAM (Perceptual Assimilation Model). Pour les voyelles orales, les contrastes /e/-/i/, /y/-/i/, /ø/-/ɛ/ sont les mieux discriminés (TC, two categories assimilation), suivis par /ø/-/o/ puis /y/-/u/, avec un avantage des sujets espagnols sur les colombiens. Comme /y/ est massivement assimilé à /u/, le contraste /y/-/u/ est de type SC (single category assimilation) ou CG (category goodness assimilation), donc difficile ; comme /ø/ est assimilé soit à /e/ soit à /o/, voire /u/, le contraste /ø/-/o/ est un cas hybride, tantôt SC ou CG, tantôt TC, de difficulté intermédiaire. Le trait [+rounded] étant associé aux voyelles postérieures en espagnol, il se peut que les hispanophones interprètent /y/ et /ø/ comme des voyelles postérieures fermées. Les résultats de discrimination des contrastes nasale vs. orale “correspondante” (/a/-/ɑ̃ /, /ɛ/-/ɛ̃ /, /ɔ/-/ɔ̃ /, /o/-/ɔ̃ /) suggèrent que les sujets hispanophones sont tous sensibles à la présence/absence du trait nasal, mais des difficultés sont observées pour le contraste /o/-/ɔ̃ /, où /ɔ̃ / est le plus souvent assimilé à /o/. La distance des pôles spectraux est par ailleurs la plus petite pour /o/-/ɔ̃ /. Les résultats de l’expérience de discrimination des contrastes entre voyelles nasales montrent que les contrastes /ɛ̃ /-/ɑ̃ / et /ɑ̃ /-/ɔ̃ / sont les plus difficiles pour les apprenants hispanophones, notamment les Colombiens. Le contraste /ɛ̃ /-/ɔ̃ / est le plus facile. Pour les Espagnols, le degré de difficulté est le même pour /ɛ̃ /- /ɑ̃ / et /ɑ̃ /-/ɔ̃ / ; pour les Colombiens, /ɑ̃ /-/ɔ̃ / est plus difficile que /ɛ̃ /-/ɑ̃ /. Ces résultats sont prédits par les assimilations. Pour les deux groupes, /ɛ̃ / est systématiquement assimilé à /a/ et /ɔ̃ / à /o/, ce qui explique la bonne discrimination de /ɛ̃ /-/ɔ̃ /. Par contre, /ɑ̃ / est assimilé soit à /a/ soit à /o/, avec un net avantage pour /o/ chez les Colombiens expliquant l’asymétrie observée pour /ɛ̃ /-/ɑ̃ / vs. /ɑ̃ /-/ɔ̃ / entre Espagnols et Colombiens. Les résultats des expériences de catégorisation à choix forcé des voyelles nasales montrent que /ɛ̃ / et /ɑ̃ / sont les voyelles les plus difficiles à identifier et ce à un même degré de difficulté pour tous les apprenants hispanophones. En production, les résultats de la tâche de lecture des voyelles nasales montrent que les apprenants, surtout les Colombiens, produisent des voyelles plus longues que les Français. La proportion de nasalité est plus importante pour les natifs que pour les apprenants. La mesure formantique du début des voyelles nasales, considéré comme non nasalisé, permet d’observer une variabilité importante chez les apprenants pour /ɛ̃ / et /ɑ̃ / : la cible articulatoire sous-jacente de /ɛ̃ / serait plus proche de /ɛ/, et celle de /ɑ̃ /, plus proche de /a/.

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