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Montagu Julie

Ancien Membre

Docteur

Laboratoire de Phonétique et Phonologie
UMR 7018, CNRS/Sorbonne-Nouvelle
19 rue des Bernardins
75005 Paris

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Recherches actuelles
J’ai suivi tout le cursus de sciences du langage à l’ILPGA et je me suis rapidement intéressée à la phonétique, notamment grâce à l’enthousiasme communicatif des cours de Jean-Léo Léonard, à travers mon premier travail en phonétique/phonologique sur le vietnamien (langue maternelle de ma maman qu’elle a malheureusement perdu à son arrivée en France).
Mon grain de beauté sur le nez m’avait peut-être prédestinée à la recherche sur la nasalité, et c’est sous la direction de Jacqueline Vaissière en Maîtrise et en DEA que j’ai commencé à me confronter à ce sujet difficile mais passionnant. En effet, le français a non seulement la particularité de posséder des voyelles nasales phonologiques, mais également des voyelles orales qui peuvent être contextuellement nasalisées par des consonnes nasales adjacentes. M’étant vite aperçue de la complexité de l’ analyse acoustique des voyelles nasales, à fortiori dans la production de locuteurs anglo-américains en français (Maîtrise), j’ai cherché un moyen simple d’observer l’articulation des ces voyelles nasales et nasalisées du français : leur articulation labiale (DEA dont les résultats sont présentés dans Montagu 2002). Le principal résultat de cette étude a confirmé que les deux voyelles nasales postérieures du français sont articulées avec une forme des lèvres plus labialisée (protrusion et rétrécissement du l’aire interlabiale) qui ne correspond pas aux symboles de l’API, censés représenter leur articulation orale (/ɑ̃/ est articulée avec une forme labiale proche de celle de [ɔ] et /ɔ̃/ proche de celle de [o]).
J’ai approfondi les questions acoustiques et perceptives de ce sujet en thèse, sous la direction de Shinji Maeda (Telecom ParisTech), avec le souci d’utiliser une instrumentation non invasive qui permette d’enregistrer un grand nombre de locuteurs et de collecter ainsi une vaste base de données de parole naturelle. L’analyse des informations temporelles fournies par le signal de parole et le signal nasal enregistrés simultanément (Montagu & Amelot 2005, Workshop instrumentation 2008) a permis de mesurer précisément deux phénomènes de coarticulation nasale.
Le premier concerne le retard de nasalisation (nommé NOT : Nasal Onset Time) qui se produit au début d’une voyelle nasale précédée d’une consonne orale. Il s’agit d’une conséquence aérodynamique due à la forte pression d’air intra-orale (Pio) nécessaire à la production et à la perception des consonnes occlusives. La quantification de ce NOT pour les consonnes occlusives et fricatives du français a montré de manière inattendue que les consonnes voisées retardent respectivement davantage l’apparition de la nasalisation que les consonnes non voisées, en dépit de leur Pio plus importante (Montagu 2008).
Le second phénomène de coarticulation nasale est la nasalisation anticipatoire d’une consonne nasale sur la voyelle orale précédente. Les résultats montrent que la hauteur du voile du palais n’est pas seulement dépendante de la hauteur de la langue, mais également de sa position antérieure/postérieure (Montagu 2007). En effet, la voyelle la plus ouverte [a] est bien la plus nasalisée (45%), mais il apparaît que les voyelles de même aperture, tant les mi-ouvertes [ɛ] et [ɔ] que les fermées [i], [y] et [u], présentent des pourcentages de nasalisation significativement différents. Les groupes significatifs comprennent d’un côté les voyelles antérieures et de l’autre les voyelles postérieures, malgré 2 degrés d’aperture de différence.

Les mesures de NOT ont ensuite permis d’effectuer une analyse acoustique et perceptive de cette partie non nasalisée au début des voyelles nasales, révélant leur « cible articulatoire sous-jacente » (Montagu 2004). En l’absence de toutes complications liées au couplage acoustique des cavités orales et nasales, l’analyse formantique ainsi que les tests d’indentification réalisés sur cette partie non nasalisée ont confirmé mes résultats articulatoires de la labialité pour les deux voyelles nasales postérieures, à savoir l’identification du début non nasalisé de la voyelle /ɑ̃/ comme la voyelle orale [ɔ] et du début de /ɔ̃/ comme [o]. Le début non nasalisé de la voyelle nasale /ɛ̃/ a quant à lui été identifié comme la voyelle orale [a], c’est-à-dire une cible articulatoire plus ouverte que la voyelle [ɛ] (confirmation d’autres études articulatoires).
La notation phonétique des voyelles nasales du français représente une véritable problématique, entre des symboles figés et diffusés à l’échelle internationale (API, transcription normée des dictionnaires) et une réalité articulatoire et perceptive qui n’y correspond pas. La portée de ces résultats a une forte incidence tout d’abord en phonologie, qui utilise les mêmes symboles phonétiques véhiculant un classement articulatoire erroné et induisant de mauvaises comparaisons (voyelles orales/nasales, études cross-linguistiques, typologie…). Ensuite, les rééducations orthophoniques des pathologies liées à la nasalité nécessitent une connaissance précise de l’ensemble de l’articulation des voyelles nasales du français (configuration orale et position du velum). Enfin, l’enseignement du français langue étrangère (FLE) est particulièrement concerné, car la distinction (perception et production) entre voyelles nasales et entre voyelles nasales et nasalisées représente déjà une des plus grandes difficultés du français oral pour les apprenants, sans parler des difficultés de déchiffrage de l’écrit en lecture, ni de l’orthographe (11 graphies pour la seule voyelle /ɛ̃/). J’en fais l’expérience au quotidien en tant qu’enseignante auprès d’un public varié, d’origine et de niveau différents.

Parcours de recherche

Thèse : Analyse acoustique et perceptive des voyelles nasales et nasalisées du français parisien.

Soutenue le 15 décembre 2007

Jury : Shinji Maeda (directeur), Elisabeth Guimbretière, Jean-Pierre Zerling (rapporteurs), Jean-Yves Dommergues (président), Gang Feng, François Wioland (examinateurs)