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Interaction prosodie & articulations segmentales

mis à jour le 22 novembre 2012

  • LES INTERACTIONS ENTRE PROSODIE ET ARTICULATIONS SEGMENTALES

L’objectif de ces études est de savoir comment l’articulation de voyelles ou de groupes de consonnes varie en fonction de leur position prosodique, à savoir leur position par rapport à l’accent ou leur position dans des constituants prosodiques de différents niveaux hiérarchiques. Ces études portent soit sur une seule langue (le français ou l’allemand) soit comparent ces deux langues. Cédric Gendrot et collègues ont effectué des travaux novateurs sur cette question de recherche en observant l’articulation de voyelles à travers des mesures formantiques dans des gros corpora de parole journalistique.

Le défi méthodologique dans ces travaux est que l’organisation prosodique des énoncés doit être déterminée à postériori, contrairement à ce qui est fait habituellement dans des phrases lues contrôlées. A l’aide d’alignements automatiques et d’analyses syntaxiques par « chunking », 4 niveaux de constituants prosodiques sont définis et l’articulation des voyelles périphériques du français et de l’allemand a été examinée en début (#V ou #CV) et en fin (V# ou VC#) de constituants.

  • Les résultats montrent qu’aux abords des frontières de constituants, les voyelles françaises et allemandes subissent un renforcement de leurs caractéristiques spectrales, et que plus la position d’une voyelle est haute dans la hiérarchie prosodique, plus ses traits acoustiques sont renforcés. La comparaison des deux langues suggère que l’influence de l’organisation phrastique est légèrement moins importante en allemand, ce qui peut s’expliquer par la présence d’une accentuation lexicale en allemand qui agit aussi sur l’articulation des voyelles.

Cet effet de l’accent lexical et son interaction avec l’effet de la structure prosodique phrastique en allemand ont été étudiés plus en détail dans les travaux de Barbara Kühnert et collaborateurs. Dans ces études, la coordination temporelle des gestes articulatoires pendant la production de groupes de consonnes C1C2 est examinée sur des données électromagnétographiques (Carstens Articulograph AG500) et électropalatographiques (EPG3 system).

  • Les données montrent que le niveau prosodique de la frontière prosodique précédant le groupe de consonnes exerce une influence plus importante sur la durée de la constriction de la première consonne (C1) que sur celle de la deuxième (C2) en ce qui concerne les paramètres tant temporels que spatiaux. Inversement, le degré de l’accentuation exerce plus d’influence sur C2 que sur C1 mais uniquement dans le domaine temporel. La coordination inter-articulatoire entre les deux consonnes n’a pas été, pourtant, systématiquement affectée par la variation de position prosodique. De plus, les différents groupes de consonnes étudiés (/kl, kn, sk/) n’ont pas montré une réorganisation fondamentale de leur cohésion intérieure.

Enfin, les travaux de Laurianne Georgeton, dans le cadre de sa thèse coencadrée par Cécile Fougeron, s’intègrent dans cette ligne de recherche. Le caractère novateur de ces travaux réside dans l’observation de l’influence des frontières prosodiques sur des voyelles en position initiale absolue (#V) dans différents constituants et sur la relation entre renforcement articulatoire et contrastes phonologiques. Les variations articulatoires labiales (à partir d’une capture de mouvement Qualysis et de labiofilms) et linguales (à partir de données ultrasons) sont examinées pour des voyelles contrastant en terme d’arrondissement, d’aperture et d’antériorité-postériorité.

  • Les premiers résultats montrent que les variations articulatoires et acoustiques des voyelles en positions prosodiques fortes vont dans le sens d’un renforcement des contrastes entre voyelles.