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Gao Jiayin

Membre associé - Post doc financé sur Labex EFL

Laboratoire de Phonétique et Phonologie
UMR 7018, CNRS/Sorbonne-Nouvelle
19 rue des Bernardins
75005 Paris
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Thèse soutenue le 21/05/2015 à 14h à la Maison de la Recherche - Salle Claude Simon - 4, rue des irlandais - 75005 Paris

Sujet de thèse :
Interdépendance entre tons, segments et types de phonation en shanghaïen, sous la direction de Pierre Hallé

Jury :

  • Mme. Yiya CHEN (pré-rapporteur) - Professeur des universités - Université de Leiden, Pays-Bas
  • M. Pierre HALLÉ (directeur) - Directeur de Recherche CNRS - Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
  • M. Guillaume JACQUES (pré-rapporteur) - Chargé de Recherche HDR CNRS - CNRS - EHESS - INALCO
  • Mme. Martine MAZAUDON - Directeur de Recherche Emérite CNRS - Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
  • M. Alexis MICHAUD - Chargé de Recherche CNRS - Université de Technologie de Hanoi
  • M. Laurent SAGART - Directeur de Recherche CNRS - CNRS - EHESS - INALCO

Résumé :
Cette étude porte sur les corrélats phonétiques des registres tonals yin vs. yang du shanghaïen parlé dans la région urbaine de Shanghai. Nos investigations acoustique, articulatoire et perceptive ont montré qu’en dehors du F0, des indices multi-dimensionnels comme le voisement (voisé pour yang et non-voisé pour yin), le pattern de durée (ratio C/V bas pour yang et élevé pour yin), et le type de phonation (soufflé pour yang et modal pour yin) participent tous à la définition du registre tonal. Parmi tous ces indices, nous tâchons de distinguer les traits redondants liés aux effets coarticulatoires de ceux qui sont des survivants de changements diachroniques. En particulier, la voix soufflée qui accompagne les tons yang est un trait anciennement distinctif et aujourd’hui redondant, issu d’une évolution tonale qui est la transphonologisation de distinction de voisement vers la distinction de registre tonal, ou « bipartition tonale ». Nous proposons que la perte d’un trait redondant issu d’un changement diachronique peut être très lente si ce trait ne contrarie pas les effets coarticulatoires et/ou si le trait a une fonction perceptive.
En nous basant sur les données synchroniques des locuteurs de deux générations (20-30 ans vs. 60-80 ans), nous constatons une tendance vers la disparition de cette phonation soufflée. Nous constatons également une évolution plus avancée chez les femmes que les hommes de leur âge. Dans notre étude, nous essayons d’expliquer ce changement tant par des causes internes que par des causes externes.

Mots clés : Shanghaïen, ton, voix soufflée, durée, voisement, transphonologisation

Abstract

This study bears on the phonetic correlates of the yin vs. yang tone registers of Shanghai Chinese as spoken in Shanghai urban area. Our acoustic, articulatory, and perceptual investigations showed that beside F0, multidimensional cues, such as voicing (voiced for yang vs. voiceless for yin), duration pattern (low C/V ratio for yang vs. high C/V ratio for yin), and phonation type (breathy for yang vs. modal for yin) enter in the specification of tone register. Among all these cues, we attempt to distinguish the redundant features related to coarticulatory effects from those that are remnants of diachronic changes. In particular, the breathy voice accompanying yang tones, which was a distinctive feature in a previous state of the language and has now become a redundant feature, arose from a tonal evolution, namely the transphonologization of a voicing contrast into a tone register contrast, that is, the “tone split.” We propose that the loss of a redundant feature arisen from a diachronic change may be very slow if that feature does not oppose to coarticulatory effects and/or if that feature has a perceptual function.
Based on the synchronic data from the speakers of two generations (20-30 years vs. 60-80 years), we find a trend toward the loss of this breathy phonation. We also find that this evolution is more advanced in women than men of the same age. In our study, we try to explain this change by internal factors as well as by external factors.

Keywords : Shanghai Chinese, tone, breathy voice, duration, voicing, transphonologization

Parcours :

Mon premier souvenir métalinguistique remonte à l’école maternelle. Mes parents me parlaient le shanghaïen (dialecte parlé à Shanghai) en famille, tandis qu’à l’école maternelle, la langue de communication entre la maîtresse et les enfants était le chinois standard. Je n’en éprouvais aucune difficulté jusqu’à un jour où j’ai mis longtemps à comprendre le mot « chaise », dont la prononciation est complètement différente en chinois standard et en shanghaïen. En effet, il s’agit de deux mots étymologiquement différents, alors que pour la plupart des autres mots, j’arrivais à les comprendre car j’avais acquis les règles de correspondance entre attaques et rimes du mandarin et celles du shanghaïen. Mon raisonnement n’était pas allé si loin à l’époque, mais je me suis rendu compte que des signes différents pouvaient signifier de façon arbitraire la même chose selon la langue.
Pendant longtemps, le shanghaïen a été défavorisé à cause de la promotion du chinois standard dans toute la Chine, de sorte que les jeunes shanghaïens d’aujourd’hui parlent de moins en moins leur dialecte et à la place font fréquemment du code-switching entre le shanghaïen et le mandarin.
D’autre part, ce statut défavorisé se manifeste dans la conscience linguistique des locuteurs : les Chinois parfaitement bilingues voire plurilingues se croient « monolingues », et considèrent leur dialecte comme une simple variante parlée entre copains ou en famille. Parallèlement, l’apprentissage d’une ou plusieurs langues étrangères est devenu à la mode. Ce n’est plus un atout mais une nécessité pour les jeunes Chinois.
J’ai toujours été intéressée par l’étude des langues étrangères. En 2008, pendant ma dernière année de Licence en langue et littérature françaises, je suis allée à Grenoble pour faire une année d’études en mobilité internationale. Parallèlement à mon cursus de Sciences Po Grenoble, j’ai suivi des cours de linguistique à l’Université Stendhal Grenoble 3. J’y ai découvert ma passion pour la linguistique et les théories linguistiques qui répondaient à mes questions.
En 2009, je suis monté à Paris pour un Master à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3. Ces deux années enrichissantes m’ont ouvert la voie pour l’étude de la phonétique. En même temps, j’ai eu la chance de partager avec Pierre Hallé, mon directeur de recherche, un intérêt commun pour l’étude du shanghaïen.
Ayant soutenu mon mémoire intitulé Étude acoustique des syllabes (C)V en shanghaïen : redondance et complémentarité des caractéristiques tonales et segmentales en juin 2011, j’ai obtenu un contrat doctoral avec mission d’enseignement et je continue sur mon sujet : le "mystère du slack voice" en shanghaïen. Ma conscience linguistique s’est éveillée grâce au shanghaïen, mais c’est seulement vers l’âge de vingt ans que j’ai commencé à m’y intéresser vraiment, avec des méthodes scientifiques et rigoureuses, commencant à étudier les relations entre tons, segments et qualités de voix du shanghaïen. Je vois ce regain d’intérêt comme un joli hasard.