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Français langue étrangère (FLE)

FRANCAIS LANGUE ETRANGERE (FLE)

Les travaux concernant le FLE se sont intéressés aux voyelles orales et nasales, aux consonnes, aux liaisons et enchaînements, à la prosodie, et finalement à l’évaluation d’accents et de la prononciation.

  • Voyelles orales et nasales ; consonnes

En ce qui concerne les voyelles, deux thèses et un master ont été soutenus depuis 2007 sur le thème de l’acquisition et de l’apprentissage des voyelles du français langue étrangère. La thèse de Nawafleh et le Master de Brkan portent plus particulièrement sur les voyelles nasales, celle de Kamiyama sur les voyelles orales. Ces études sont fondées sur des analyses acoustiques, aérodynamiques et perceptives. Elles concernent essentiellement les publics d’apprenants japonophones, bosniaques, arabes et américains, et d’autres thèses sont en cours : Landron sur le taïwanais, Paillereau sur le tchèque , Brkan sur le bosniaque. Les travaux de Kamiyama, dans sa thèse et ultérieurement, ont abordé l’acquisition des voyelles antérieures arrondies /y ø/ et postérieure /u/ du français par des locutrices japonaises. Les voyelles antérieures arrondies n’ont pas d’équivalent phonémique dans le système vocalique de la langue source des apprenants. Il a été montré que les apprenants japonophones ont plus de difficulté à apprendre à prononcer le /u/, qui a un équivalent phonémique avec une réalisation phonétique différente en japonais, que le /y/, qui n’a pas d’équivalent phonémique, et que le /ø/, qui n’a pas d’équivalent phonémique mais dont la réalisation phonétique est acoustiquement similaire à celle d’un phonème existant.

Concernant les voyelles nasales, les études récentes ont montré l’intérêt de l’accéléromètre piezoélectrique pour mesurer le pourcentage de nasalité significativement différent pour les voyelles orales et nasales des sujets français natifs et des apprenantes bosniaques du FLE de niveau avancé.
Ces travaux seront suivis d’autres études en cours, utilisant des mesures physiologiques qui concernent les voyelles orales et nasales du FLE.

Concernant les consonnes du FLE, le M2 de Liu a étudié la perception des consonnes occlusives du français par les apprenants sinophones adultes, et en a analysé les phénomènes de confusion.

  • Liaisons et enchaînements ; marquage morphologique et segmentation

Les liaisons sont étudiées auprès d’apprenants brésiliens du FLE et aussi par des apprenants anglophones. Concernant ces derniers, les recherches de Shoemaker portent sur la perception et la segmentation de la parole en langue seconde (L2). Plus précisément, ce travail traite de l’acquisition, de la perception et de l’exploitation du faisceau d’indices acoustiques dont on se sert pour couper le signal acoustique en éléments discrets en L2. La question de savoir si un apprenant tardif d’une deuxième langue peut atteindre un niveau de compétence comparable à celui d’un locuteur natif n’est pas tranchée.

Dans le cadre de l’Hypothèse de la Période Critique, on présume que les apprenants qui commencent l’étude d’une L2 après la puberté ne la maîtriseront jamais parfaitement. En ce qui concerne la reconnaissance et la segmentation de la parole en particulier, l’on prédit que les apprenants tardifs auront d’importantes difficultés à atteindre un niveau d’efficacité équivalent à celui des locuteurs natifs, mais des travaux plus récents ont montré que cette théorie s’avère trop réductrice. Shoemaker a montré que la durée segmentale des consonnes de liaison est un indice acoustique dont les non-natifs de niveau très élevé peuvent se servir pour segmenter la chaine parlée en cas d’ambiguïté à l’oral en français (cf. un air et un nerf). Ces résultats ont des conséquences manifestes pour l’étude de l’acquisition des langues et la plasticité du système perceptuel chez les apprenants tardifs dans la mesure où plusieurs apprenants ont montré un taux de perception égal à celui des locuteurs natifs, ce qui remet en cause l’Hypothèse de la Période Critique. Ces résultats sont particulièrement pertinents en ce qu’ils témoignent non seulement d’une sensibilité aux indices acoustiques égale à celle des locuteurs natifs, mais aussi de l’exploitation efficace de ces indices dans le traitement du flux sonore L2.

  • Prosodie

Deux masters, dont l’un débouche actuellement sur une thèse en cours, portent sur la prosodie du FLE par des apprenants tchèques et polonais.
La première étude s’intéresse à l’apprentissage de la prosodie de l’énumération, et a fait appel à 15 tchèques, anciens apprenants du français, qui produisaient une liste de 8 logatomes contenant des phonèmes qui se correspondent dans les deux langues, et ce dans 4 conditions différentes :

  1. avant toute instruction
  2. après la présentation d’un PowerPoint expliquant les particularités mélodique et rythmique attendues
  3. après des explications combinées avec des répétitions avec un formateur ;
  4. finalement un enregistrement de vérification effectué 2 mois plus tard.

Les résultats montrent que le profil prosodique des apprenants de la production 1 ressemblait au profil tchèque (l’allongement final moins important, les maxima de fréquence du fondamentale (F0) et d’intensité sur la syllabe initiale), alors que celui des productions 2, 3 et 4 avait des ressemblances avec le profil français (l’allongement final plus important, le pic de la fréquence fondamentale sur la syllabe finale).
Dans les syllabes finales accentuées des productions 2 à 4, il a été trouvé une amélioration significative en termes de durée et de fréquence fondamentale. Des montées mélodiques finales sont apparues et les valeurs de durée de la syllabe finale ont augmenté. Des tests de perception effectués par des locuteurs français natifs ont confirmé ce progrès. La production 4 a démontré que les locuteurs avaient mémorisé les patrons de continuation à moyen terme.

La seconde étude s’intéresse à l’apprentissage de l’accentuation du français par les sujets polonophones et renvoie aux difficultés phonético-phonologiques qui en résultent. Après une fine analyse contrastive sont inventoriées les difficultés d’accentuation des apprenants polonophones du FLE, dont les principales sont la présence d’une accentuation d’intensité sur l’avant-dernière syllabe des mots. Ces résultats sont confirmés par un test de perception auprès d’auditeurs experts.

  • Evaluation d’accents et de la prononciation

Enfin, le développement de liens privilégiés entre pédagogie, didactique et recherches en phonétique a suscité pour plusieurs d’entre nous une réflexion approfondie sur les moyens d’améliorer l’évaluation de la prononciation du FLE, actuellement très lacunaire.

La prononciation et la prosodie d’apprenants du Français Langue Étrangère (FLE) sont d’abord étudiées par Pillot-Loiseau et al. au travers :

  1. du choix de critères de présentation des apprenants du FLE
  2. d’une réflexion préalable à la création d’un corpus et à la passation de son enregistrement
  3. d’un test de faisabilité du corpus
  4. d’un enregistrement acoustique et physiologique d’apprenants et de sujets témoins.

    Cette approche a permis la réadaptation du corpus, et ouvre la perspective de l’établissement d’une base de données comportant des mesures acoustiques et physiologiques. Il en découle plusieurs implications pédagogiques étudiées ultérieurement : grilles d’évaluation avant et après un cours de prononciation, exercices de prononciation appropriés.

En lien avec l’étude précédente, le groupe didactique a mis au point le corpus PHODIFLE pour le français oral. Les sujets enregistrés sont francophones, d’une part et de langues maternelles plurielles, d’autre part.

Dans leur étude de 2011, le groupe présente les questionnements qui ont guidé leur réflexion dans la réalisation de ce corpus. L’approche est phonétique, didactique et mixte (guidée par corpus et fondée sur corpus). Le corpus sera utilisé pour des analyses acoustiques et perceptives qui permettront d’établir des comparaisons entre les langues.

L’objectif ultime est la création d’outils de formalisation, de représentation, de remédiation et d’évaluation.

Enfin, l’arrivée de Martine Adda-Decker, DR spécialisée dans le traitement automatique des grands corpus, a permis d’ouvrir des recherches qui se concentrent sur la caractérisation et l’identification de l’accent étranger en français.

Combien d’accents un locuteur de langue maternelle française peut-il reconnaître et quels indices utilise-t-il ? L’intérêt de l’étude se concentre sur les productions françaises issues de locuteurs de six langues maternelles différentes : arabe, anglais, allemand, italien, portugais et espagnol, également comparés avec des locuteurs natifs français (de la région Île-de-France). En utilisant le traitement automatique de la parole, l’objectif est d’identifier les indices acoustiques les plus fiables qui distinguent ces accents, et de lier ces indices à la perception humaine (indices mesurés : de durée et de voisement pour les consonnes, deux premières valeurs de formants pour les voyelles, la présence du schwa et les pourcentages de confusions obtenus en utilisant l’alignement automatique, y compris des variantes de prononciation non-standard). Les techniques d’apprentissage sur machine ont été utilisées pour sélectionner les indices les plus discriminants en distinguant différents accents et pour classer les locuteurs en fonction de leurs accents. Les résultats obtenus dans l’identification automatique des différentes origines linguistiques visés par l’enquête se comparent favorablement aux données perceptives. Les indices majeurs spécifiques aux accents comprennent le dévoisement des consonnes voisées /b/ /v/ et les confusions entre /s/ /Z/, le "r roulé" et la montée ou la descente du schwa. Ces indices peuvent contribuer à améliorer la modélisation de la prononciation en reconnaissance automatique de la parole accentuée.